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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 15:36

Du 8 au 15 Mai dernier, le pape Benoît XVI, de son vrai nom Joseph Ratzinger, a effectué un voyage au Proche Orient. Ce périple revêt un caractère multiple. Un Saint en Terre Sainte. Faut-il rappeler que le Proche Orient est cette partie du monde qui s’est illustrée par deux faits extrêmes : d’une part par le nombre de messies et de prophètes qu’elle a vu naître et dont elle a accueilli les premières actions religieuses avec le judaïsme, le christianisme et l’Islam, les trois religions révélées ; d’autre part par les sanglantes guerres religieuses qui mettent en équilibre instable la géographie de cette région. Qu’est-ce que le monde n’a-t-il pas fait pour trouver une solution définitive à ce problème ? Des hommes politiques, des gouvernements, des pays riches et du tiers monde, tous ont tenté d’apporter une solution définitive à cette crise.  Alors pourquoi la visite du chef de l'Eglise catholique en cette terre ? Quelle signification et quelle portée peut avoir ce périple du souverain pontife?

 Si au Cameroun (15-20 mars) et l’Angola (20-23 mars), les fidèles Chrétiens ont eu l’honneur de recevoir le Pape, et qu’en Afrique  « l’affaire du préservatif » a un peu coloré les média, sa visite en Israël reste importante dans sa perspective de candeur et de religiosité. Le chef de l’Eglise chrétienne opte en Orient pour une visite de prière et de dialogue.

Le déplacement du Pape est d’abord un voyage de dévotion. Il l’affiche  à travers ses propos que résume son projet d’expédition :«  j’accomplirai un pèlerinage en Terre Sainte pour deman­der au Seigneur, en visitant les lieux sanctifiés par son passage sur la terre, le précieux don de l’unité et de la paix au Moyen Orient et pour toute l’humanité ».  Son passage dans les hauts lieux de la Chrétienté le confirme : visite au mont Sion, au Cénacle (site de la Dernière Cène) et célébration de l’Eucharistie, tournée à la  basilique de Gethsémani, à la basilique de la Nativité, à la basilique de l’Annonciation et à la basilique du Saint-Sépulcre en Vieille Ville de Jérusalem. La messe solennelle dans la vallée du Kidron, la messe publique au mont du Précipice et messe de la place de la Mangeoire, qui ont drainé des foules lui ont permis d’accomplir le rite catholique qui reprend le sacrifice du corps et du sang de Jésus Christ.

Le voyage de Benoît XVI reste sous un rapport, un apport à l’effort de paix dans la région. Les talents politiques, gestion de la cité, placent l’actuel guide chrétien au cœur des négociations de paix par le dialogue après Paul VI en 1964 et Jean Paul II en 2000. Cependant, chez le dévot et le doux le dialogue doit être religieux et humaniste.

Au plan religieux, le Pape se situe au-delà des intégristes et des fatalistes. Il traites avec beaucoup d’égard les juifs, les chrétiens et les musulmans, ménage les sensibilités dans le respect et la considération. Au plan humaniste, les combats frontaux, les pertes en matériel,  les morts par jour, les exilés, les refugiés, la haine, le racisme… actuels sont autant de faits honteux et déshumanisant, que l’Eglise ne peut suivre sans réagir.

Les juifs dans tout cela ? Avec les juifs, ce n’est pas seulement la question palestinienne dont il était question.  Le Pape a voulu réajuster ses relations, avec eux, quelque peu édulcorées. Avant sa venue en Israël, Benoît XVI avait suscité des controverses sur les plans politiques et ou théologiques. En levant l'excommunication de l'évêque négationniste Richard Williamson et en relançant le processus de béatification du Pape Pie XII, auquel les juifs reprochent son silence face au génocide nazi, le Pape avait provoqué de vives réactions dans le milieu juif.  Mais sa position sur l’antisémitisme est courageuse. Pour lui celle-ci est « répugnante».  Comme pour soutenir cette position, le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi précise que : « Je souhaite clarifier les mensonges écrits par la presse israélienne et internationale. Il (le Pape) …  n'a jamais été dans ce mouvement de jeunesse idéologiquement lié au nazisme ». Le Pape « a été enrôlé contre sa volonté dans une unité de défense antiaérienne chargée de la protection des villes », a-t-il encore souligné. Mais sa visite en Israël n’était pas seulement un déplacement pour une clarification. A son atterrissage à l’aéroport international Ben Gourion, le Saint Homme s’est entretenu avec le président Shimon Pérès, a visité le  mémorial des martyrs et des héros de la Shoah puis le mur des Lamentations, lieu saint du judaïsme et ultime vestige du Second Temple de Salomon où il a introduit un bout de papier  sur lequel est consigné un extrait du Livre des lamentations: « Dieu est bon avec ceux qui l'attendent, avec l'âme qui le cherche ».. Il s’est également entretenu  avec les Grands Rabbins à la synagogue Heikhal Shlomo.

Comment les Chrétiens l’ont-ils accueilli ? Du côté des chrétiens de la Terre Sainte, qui se sont mobilisés en masse pour venir entendre le Pape, la communion était forte. Les personnalités chrétiennes ont néanmoins demandé au Saint Homme de réclamer aux juifs d’être moins possessifs puisque le problème des chrétiens arabes et palestiniens touche leurs coreligionnaires. Conscients des possibilités que le contexte offre et l’amitié entre le Pape et l’Israël, les hommes d’Eglise sont convaincus que cette diplomatie religieuse chrétienne peut apaiser cette guerre. « Le courage, l’habileté et la foi du Pape peuvent  déplacer à les montagnes ».

Pour les Musulmans, que peut apporter cette visite papale ? «Nous aspirons à un rôle actif de Votre Sainteté pour mettre fin à l'agression (israélienne) contre notre peuple, notre terre et nos lieux saints à Jérusalem, à Gaza et en Cisjordanie  déclare Mohammed Hussein, le mufti de Jérusalem». Avec son arrivée à Bethléem, son accueil par le président de l’Autorité palestinienne et sa rencontre avec le Grand Mufti de Jérusalem  le Pape Benoît XVI a donné à son périple les tournures d’une véritable quête de paix où toutes les forces vives sont nécessaires. Son appel à la paix est éloquent. «Je plaide, avec tous les responsables, pour un examen de chaque voie possible vers une résolution juste des difficultés considérables afin que les deux peuples puissent vivre en paix dans leur pays respectif, dans des frontières sûres et reconnues internationalement».  

Dans ce monde malencontreusement déchiré par les scissions, ce lieu qui circonscrit les symboles sacrés, les mythes fondamentaux des trois religions révélées, le passage du Pape Benoît XVI mettra peut-être les protagonistes au défi de travailler pour une paix définitive pour que soient dépassés les malentendus et les conflits du passé et que soit ouvert le chemin d'un dialogue sincère et constructif. Pour avoir échangé avec les acteurs directs du conflit, le pape installe l’espoir d’une paix possible au Proche Orient. A cette partie du monde, devenue une petite victime, il faut une dose d’humanité et de diplomatie politico-religieuse: l’alpha et l’oméga de la paix.

Ousseynou Thiam

 

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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 17:34

 

 

Vous qui croyez, répondez positivement à Dieu et à son Envoyé,

quand il vous appelle à ce qui vous donne la vie. (Le Coran. VIII, 24. Essai de traduction, Jacques Berque. Paris : Albin Michel, p : 190, (2e édition))

Ce verset de la sourate le Butin, ainsi rendu en français par le regretté Jacques Berque, Professeur au Collège de France pose, me semble t-il, toute la quintessence de l’Islam ; la réponse à l’appel de Dieu et de son envoyé, autrement dit à ce qui donne la vie.

 

En effet, la vraie vie se vit au centre de la demeure solidement tenue par les cinq piliers de la maison Islam. Qui a la chance d’avoir séjourné dans cette demeure, où la double profession de foi, pilier fondamental, quoique théorique, doit se matérialiser au plan pratique par les cinq prières quotidiennes canoniques, précédées d’une pureté totale, sacralisation nécessaire, la Zakât ou impôt sur la fortune, le jeûne du Ramadhan et le hajj ou pèlerinage dépendant des moyens, aura séjourné en pleine félicité, car ayant reçu la vraie vie.

Il me plaît de m’attarder sur cette demeure et ces piliers fondamentaux uniques en leur genre, puisque reproduisant en une savante composition en abyme la caractéristique essentielle et durable de l’Islam : l’unité et l’unicité d’Allah.

Soit le Ramadan, que nous vivons en cette période bénie, tout en restant le quatrième pilier de l’Islam, contient les trois précédents et son suivant. Ainsi, jeûner suppose la double profession de foi, les cinq prières canoniques, la zakât, car le mois de Ramadhan constitue le dixième des mois de l’année. Enfin le hajj, étant entendu que le rassemblement de l’Aïd ou fête rappelle à beaucoup d’égard, celui du Hajj empreint du reste de la même ferveur.

         En outre, le Ramadhan fut le lieu de révélation du Coran au cours d’une nuit (temps divin) meilleure que mille mois sans elle (temps humain). Par-delà l’aversion sémitique des nombres pairs, l’opposition une nuit/ mille mois traduit l’écrasante supériorité du temps divin (sacré) sur le temps humain (profane). Le Ramadhan contient ainsi la descente du Coran et la Nuit du Décret divin. Assurément toutes les faveurs sont convoquées en ce mois béni.

C’est cette ténébreuse et profonde unité, selon l’expression de Charles Baudelaire, que Jacques Berque appelle le kerygme coranique, qui fait la force de L’Islam. Cette unité assura le succès de cette religion qui domina le monde en moins d’un siècle (632-732). Si le monde musulman, les musulmans et musulmanes renouent avec cette unité au double plan religieux et politique, Dîn wa Dawla, ils gagneront les cœurs et les esprits des êtres qui peuplent l’univers.

C’est la voie la plus sûre pour conquérir le monde sans âme qui offre le spectacle d’une savante mise en scène d’un matérialisme exsangue, devant un public désabusé, je veux dire les croyants et croyantes.

 

L’Islam nous offre, à travers son appel lancinant à la vie et son affirmation inlassable d’unicité d’Allah, la voie royale menant à notre réalisation intellectuelle, morale et spirituelle. Sur ce plan, le sens théologique du Ramadhan reste, comme le dit le Coran, la crainte d’Allah, quant à sa visée mystique, elle ambitionne l’élévation spirituelle au voisinage du divin. La crainte n’est qu’un moyen, une étape. Allah veut être connu selon le hadith qudsî : J’étais un trésor caché, j’ai voulu être connu, je me suis dévoilé. Dieu veut donc être connu pour être aimé tyranniquement, car il s’agit du trésor des trésors. L’accès à cet amour est aussi explicité par le Coran :

Dis : Si vous aimez Dieu, suivez-moi

 pour que Dieu vous aime et vous pardonne vos péchés (III, 31).

 

En clair, l’amour de Dieu s’obtient par l’imitation du Prophète Mohammed : suivez-moi, le salaire de cette imitation est la sainteté ou rémission des péchés : vous pardonne vos péchés. Un être sans péchés est un ami de Dieu, al-Waliyou, autrement dit un saint.

 

Je tenais à partager cette réflexion avec vous en ce mois béni de Ramadhan.

Je demande à Allah, en ce mois béni de Ramadhan de nous accorder l’élévation spirituelle totale à travers les cinq piliers de l’Islam, le Coran et l’imitation du Prophète Mohammed. Qu’Il fasse de nous des saints vivants sous sa parole définitivement clôturée. Qu’Il nous place ainsi que toute notre progéniture et toute la Umma aux étages les plus élevés de l’Islam, une citadelle imprenable sous l’empire de l’appel à la prière éternellement porté par la voix humaine où la parole de Dieu se réactualise en une vaste psalmodie sans fin, à l’image de l’éternité du Créateur, le seul qui vaut d’être adoré, connu et aimé.

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